Il y a de ces artistes qu’on ne présente plus car leurs talents, leurs oeuvres les devancent partout sur la planète. A cette catégorie appartient la belle et immortelle Emeline qui a su nous garder en haleine pendant les deux dernières décades. A l’approche de la sortie de son ultime réalisation, Reine de coeur, nous lui avons posé quelques questions :
Après vingt ans ta musique reste bonne comme le vin, jeune comme l’aigle…
Quand on ne s’ennuit pas, on ne voit pas le temps passer. Mon travail me passionne énormement et je prends un divin plaisir à voir éclore chacune de mes chansons. Chaque projet est un voyage. Je suis continuellement et constamment inspirée, Dieu merci.
Donne-nous une idée de la potion magique que tu y a mise?
Tres simple ! Mon âme, tout simplement ! Je suis investie du début à la fin.
Es-tu satisfaite de la carrière que tu es en train de mener?
Le sera-ton jamais? L’insatisfaction est le lot de tous les perfectionnistes. Avec le temps, j’ai aussi appris à respecter l’humain en moi qui se coltine chaque fois à la réalité de la vie artistique. Atteindre "l’inaccessible étoile" qu’est la perfection, équivaut à une sorte de mort avant la lettre. Si on attendait d’être totalement satisfait de nos œuvres, elles ne seraient jamais présentées au public, car il EST IMPOSSIBLE de compléter une œuvre qui plaise à tous et nous contente à cent pour cent. Je me sens bénie et remercie le ciel d’avoir un public qui me gâte et une longévité que beaucoup d’artistes doués et extraordinaires n’ont pas la chance de connaître.
Comment expliques-tu ton succès continu malgré le temps qui passe?
J’ai énormément de respect pour mon public. Rien n’est trop beau, ni trop grand quand il s’agit de les gâter. Je bosse durement pour mes spectacles. Pour mes albums, je m’investis entièrement et j’essaie de toutes mes forces d’éviter les clichés. Ça se ressent à la longue. Le public est très intelligent.
Parles-nous du contenu de ton nouvel album ?
C’est un album très riche. 14 chansons écrites et réalisées entre Haïti et l’Afrique. L’album s’intitule "Reine de cœur". Il est très passionel, très chaud, très personnel. Je me garde d’en dire plus. Je laisse au public le soin de le découvrir par lui-même.
Quels sont les thèmes qui y sont développés ?
Des histoires de vie, l’histoire de mon pays immanquablement, des histoires d’amour véritable. Il y a aussi deux textes de Boulot Valcourt, pour lequel j’éprouve une profonde vénération. J’ai écrit la majorité des chansons. Par exemple, "Incha’Allah" est à l’image de cette panique qui est jetée sur la planète avec pour toile de fond les guerres de religion et les conflits politiques. "Awa", qui est une conversation entre deux femmes sur le foyer et la fragilité des couples d’aujourd’hui. "Mwen pa ka lagé’w" exprime la force incontestable de ce petit pays au rein cassé qui est le mien. "Yon ti mo" est une histoire entre deux êtres qui s’aiment depuis longtemps et qui se réservent l’un pour l’autre etc… Les sujets sont très variés, je ne me suis pas posée de limites.
Qui a travaillé avec toi sur ce projet?
J’ai une liste assez impressionante de musiciens, tous très doués et très respectés dans le milieu. Je cite Azor , Gaguy Dépestre, la voix et la basse de Daniel "Dadi" Beaubrun sur un duo. La guitare de Makarios Césaire, Dominique Kanza, Toto Laraque, Junior Dorcélus, la guitare de Beethova Obas, mon frère. Daniel Brévil, un violoniste haïtien hors-pair, Daniel Bernard Roumain "DBR". Sur les chœurs, la voix de Nadège Dugravil, Sophonie Louisius et Marie France Jean-Baptiste. Cette très belle aventure a commencé chez Patrick Audant, un ingénieur de son fiable, aimable et méticuleux et s’est poursuivi en Afrique, plus précisément au Burkina Faso, avec mes invités Awa Sissao, jeune chanteuse espoir dotée d’un talent exceptionnel et David Daouda, un virtuose de la guitare âgé de seulement 18 ans. Pour ne citer que ceux-là. Rien que des musiciens compétents et admirés de tous. Je me suis bien gatée, je l’avoue.
A quand une tournée en terre nationale ?
Je ne me prononcerai pas là-dessus. Je laisse le temps au public de découvrir les chansons. Mais je l’annoncerai dès qu’on sera fixé sur les dates. Sur ce projet, je travaille avec les productions Yole Dérose qui se passe de présentation et qui ne manquera pas d’enchanter cet auditoire pour laquelle on travaille avec conscience et amour.
En termes de réalisations, penses-tu avoir concrétisé tes rêves d’artiste?
Comme je l’ai répondue, c’est une chose très complexe. Je suis en train de vivre mes réalités, pas mes rêves… "Sé pa révé map révé, sé la vi mwen map chanté". La liste restera toujours incomplète.
De ta ville natale des Gonaïves à aujourd’hui, le bilan est-il positif ?
Absolument, la première chanson qu’on a lancé "Gadé papi" est une chanson récapitulative. A travers ce texte, je fais un bilan de ma vie en partant des Gonaives pour arriver au temps présent. J’y parle des hauts et des bas qui ont traversé mon existence. Je n’envie rien à personne. Je me sens bénie de vivre mon art et non le rêver. Voilà !
Un message particulier pour les lecteurs de Roroli ?
Je leur dédie la chanson "Gadé Papi". Je leur demande aussi de me faire ce cadeau : "Boycotez les gens qui vont vous vendre les copies de ce cd et achetez l’original". C’est une façon de participer à ce changement nécessaire qui est devenue une urgence. Nous les artistes, nous donnons tout ce que nous avons. Et on nous le vole. Il faut arrêter ces gens!
Enfin … à mes fans, mes inconditionnels, vous avez tout mon amour, toute ma passion, toutes mes chansons. Merci infiniment!