Voilà maintenant cinq (5) mois depuis que votre site culturel préféré vous permet de découvrir les secrets de vos artistes favoris, de pénétrer leur intimité. Cette semaine, nous avons le privilège d’accueillir Jude Jean, l’un des plus grands chanteurs de charme du compas direct. A travers cette interview, l’artiste va se mettre à nu et nous révéler plusieurs facettes de sa vie et de sa personnalité jusque-là ignorées du public.
Roroli - Merci Jude, d’avoir répondu à notre invitation et surtout d’avoir choisi de satisfaire aux curiosités de tes nombreux fans. Parles-nous un peu de ta naissance, ton enfance.
Jude Jean - Ma mère Adeline Jean m’a mis au monde à Port-au-Prince, le 8 Octobre 1973. Un an et demi plus tard, elle m’a fait don d’une sœur, Carine que j’aime de tout mon cœur. Elle, de son cộté, pour me combler m’a octroyé deux adorables nièces : Junica et Catherine. Je n’ai jamais connu mon père. Au fait, je ne l’ai vu qu’une fois alors que je n’étais qu’un gosse.
Au jardin de Jocelyne, j’ai appris l’alphabet et sous les yeux des frères de Saint-Jean l’Evangéliste, j’ai fais mes études primaires. Mes années en Secondaire se sont déroulées entre le Collège Canado Haïtien et le Centre de Formation Classique.
J’ai vécu mon enfance entre les rues Baussan et Carlstroem. De cette époque, je garde le souvenir de merveilleux moments, partagés avec mes premiers copains : Stéphane et Didier Hyppolite, Frantz et Maxime Wolf, Andy Zamor et Ralph Battrany, pour ne citer que ceux-là.
Roroli - Jude Jean, aurait-il un passe temps ou un sport favori ?
Autrefois, je pratiquais les danses de salon, mais l’asthme et le bronche m’ont chassé des pistes. Plus tard, ils disparaîtront grậce à la culture physique que je conseille à tous. Je suis un mordu des jeux video. A l’école, je me débrouillais plutột bien en défendant les buts de l’équipe de foot de ma classe. A l’occasion je jouais également comme attaquant. J’ai joué aussi bien au basket-ball, au tennis de table, au badminton mais je suis resté attaché au volley-ball. Avec le célèbre peintre, Valcin П, j’ai suivi des cours de dessin et de peinture. Le style que j’ai adopté est la peinture fantastique.
Source Photo : Roroli.com
Roroli - Beaucoup te trouvent timide ? Se trompent-il ou ont-ils raison ?
Jude Jean - Adolescent, j’étais incroyablement timide. Mes amis se moquaient de moi et j’en pleurais. Le jour ou j’ai compris leur jeu, j’ai commencé à devenir également taquin et leur renvoyer l’ascenseur. Actuellement, je crois que les gens ont tendance à confondre ma nature réservée à de la timidité. J’aime rester seul à observer les gens. Si je suis timide, pourquoi les gens m’évitent-ils? Je crois de préférence que je les intimide, car je leur fais face tous les jours.
Roroli - Nous allons revenir à ta vie privée, mais comment as tu fait tes premiers pas en musique ?
Jude Jean - Vers la fin des années 80, mes amis dont je vous ai parlés avaient constitué un groupe Tapaj et moi, le timide, j’assistais toujours aux répétitions. Au cours d’une de ces répétitions, Ralph interpréta Ma rose, la chanson à succès du groupe Zin qui faisait fureur à l’époque. Etant un fan inconditionnel de Alan Cavé, je trouvais que le vocal de Ralph n’était pas à la hauteur de son interprétation et je le tournais en dérision devant tout le groupe. Voulant me mettre dans mes petits souliers, il me passa le micro avec l’idée de me ridiculiser. Sans hésitations, je pris le micro et commençai à chanter. Je dois préciser que souventes fois, dans mes moments de solitude, je me plaisais à imiter Alan et d’autres chanteurs haïtiens et étrangers que j’affectionne. Au terme de ma prestation, les membres de Tapaj se réunirent et décidèrent de m’intégrer désormais en tant que lead vocal du groupe. Ce n’était rien de professionnel, on s’amusait et apportait du plaisir à nos amis en animant leur soirées d’anniversaire, de festivités. Quand Andy laissa le pays, le groupe s’effondra.
A la même époque, à un autre niveau, un autre groupe bien connu connaissait les mêmes difficultés. Richard Rouzeau et Wuydens Joseph de Papash laissèrent le pays. Edgard Grand-Pierre qui jouait au clavier m’invita à rejoindre Evens Jean pour former la nouvelle paire d’attaque de la formation. J’y ai passé un an et demi. C’est la que j’ai gagné mon premier salaire qui s’élevait à 750 gourdes. Pour les raisons, jusqu’ici inconnues, le groupe a fini par s’éteindre. Pétris dans le compas, nous ne pouvions plus nous en passer. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous : Carl Henry Desmornes, Alfred Lataillade, Romane Ferdinand, Grégory Chéry et moi avions décidé de nous regrouper à travers Focus. J’ai invité Carlo Vieux a nous rejoindre, ce qui n’était pas facile, car ses parents sont plutôt stricts et peu de temps après, Alex Thébaud et Michael Guirand ont suivi le pas.
Roroli - Tu nous parles de « FOKUS » mais comment es-tu passé de ce groupe à « K-DANS »
Jude Jean - FOKUS n’est pas différent de K DANS. C’est plutôt son nom initial. On a été au studio, enregistrer un morceau et à notre grand étonnement il y avait en cours d’enregistrement un autre groupe, légalement reconnu, qui avait déjà choisi cette appellation. C’est à ce moment que j’ai personnellement proposé le nom K-Dans qui a été apprécié et accepté par tous les membres. Le groupe a été ensuite légalement enregistré en mon nom et en celui d’Alfred, avec pour date de naissance, le 4 décembre 1994.
Roroli - Quels ont été les meilleurs moments vécus avec le Groupe ?
Jude Jean - Notre grande première a lieu à l’Académie Perfection. On a interprété une version acapella d’une chanson du groupe All 4 one titrée I Swear. La chorale a été si parfaite que certains pensaient qu’on était en train de tourner un CD. Pour avoir le cœur net, Claude Augustin est allé vérifier. C’était du K Dans live d’une pureté absolue. Le lendemain, nous faisions l’affiche de plusieurs journaux. On a fait couler beaucoup d’encre. Quelques mois plus tard, nous avons signé notre premier album. Ce fut l’événement, au sein du groupe, qui me soit resté le plus mémorable. A Tara’s on a attiré plus de 3000 personnes. Ceux qui ne pouvaient entrer étaient si assoiffés de danser au rythme de nos mélodies, qu’ils ont brisé les chaînes de la barrière. C’était l’euphorie.
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Roroli – Et les pires moments?
Jude Jean - Nous avons été une fois littéralement pris en otage par un promoteur de Port-de-Paix avec qui nous avions un contrat pour un concert. L’événement a été organisé en plein air et peu de temps après le début de notre prestation, la puie a commencé à tomber. L’équipement de sonorisation a été grillé et le promoteur nous a accusé d’être responsables de ce malheur. Il se faisait menaçant et certains de ces accolytes ont tout fait pour nous empêcher de quitter la ville. Nous avions vraiment peur. Nous n’avions pu quitter la ville que bien tard, grâce à l’intervention d’un commissaire de la Police Nationale que nous avons contacté et qui nous a escorté jusqu’aux portes de la ville. Nous avions également failli tomber en deux fois dans des falaises après des prestations nocturnes qui nous nous ont vraiment fatigués.
Roroli - De tous les textes que tu as chantés… lesquels t’ont le plus marqué?
Jude Jean - En dépit du fait que Move chwa et Cher Papa soient des histoires réelles que j’ai vécues personnellement, les textes qui m’ont vraiment marqué sont Touman, Sincérité et Mwen bouké. Mwen bouké est également la chanson fétiche de ma fiancée, une rare beauté, doublée de bonté qui m’apporte joie et bonheur depuis environ un an et demi.
Roroli - A part Alan Cavé, quels autres chanteurs adores-tu auditionner ?
Jude Jean - J’espère que les lecteurs ne trouveront pas la liste lassante, car ils sont nombreux. Joel Widmaer et Marc Anthony sont des artistes extraordinaires. Mais, je prends toujours plaisir à auditionner les œuvres de Lionel Richie, Yole Dérose, Anite Baker, Tracy Chapman, Aretha Franklin, Celine Dion, Micheline Cazeau, Sting, R Kelly, Justin Timberlake, Florent Pagny, Eros Ramazotti, Peter Cetera, Pascal Obispo, MC Solaar, Andrea Bocelli, Zucherro et Corneille.
Roroli - Aujourd’hui Jude Jean ne fait plus partie du groupe K-Dans, comment cela est-il arrivé ? Que s’est-il passé?
Jude Jean - J’ai entendu à travers les média que mon départ de K-Dans est dû à la présence de King D, qui m’a été imposé . Ceci est complètement faux. Au sein du groupe, j’ai déjà partagé le lead avec d’autres chanteurs dont Moise Juste, Alex Jospitre, Michael Guirand. Pourquoi pas King D? Personnellement, il ne saurait me déranger, nous n’avons pas le même style et dans ce que je fais, je ne crains quiconque. Au début, je me suis plaint de la façon dont l’intégration du chanteur a été réalisée. Les membres de Kompa Factory ont débarqué avec lui et l’ont présenté comme étant la cerise sur le gâteau, sincèrement je n’ai pas apprécié cette façon de faire.
La discorde est survenue lorsque le groupe dont je suis un membre fondateur est tombé aux mains de gens qui n’avaient qu’un intérêt dans la musique, l’argent. Selon eux, les choses avaient changé, il fallait changer le groove, faire du groupe une réplique de Djakout Mizik. Abandonner notre cadence romantique et évoluer comme on l’aurait fait dans un défilé de carnaval. Mon style smooth et classique ne répondait plus à leur attente. C’est ainsi que Wesly et Didi, les derniers venus, ont commencé par contacter Mass Doudou et Frérot Jean-Baptiste pour me remplacer. Le 28 décembre 2005, suite à une faute administrative, qui a été la dernière goutte d’eau à renverser le vase, j’ai annoncé aux musiciens de K Dans, puis au public de Récréation Night Club qu’entre K Dans et moi, tout était fini.
Roroli – As-tu des regrets maintenant que le divorce est consommé et que tu as même été remplacé?
Jude Jean - Dans ma philosophie, l’expression regret n’existe pas. Maintenant je suis libre. Je vais renouer avec la peinture, suivre des cours de chant, ouvrir mon restaurant, travailler sur un projet solo et un autre projet en duo avec Alan Cavé. J’ai l’intention de démontrer mon talent à mes fans dans d’autres styles et rythmes musicaux que je maîtrise mieux que le compas.
Roroli - Parles-nous un peu de ce projet ?
Jude Jean - Mes fans n’auront pas à souffrir longtemps. J’ai déjà enregistré 9 chansons qui leur sont dédiées. Au cours du mois de février 2006, ils pourront savourer un avant-goût de l’opus à venir sur les différentes stations de radio du pays, une adaptation compas de la chanson à succès de Roch Voisine titrée Laisse-la Rêver.
Roroli – Le bruit court que tu vas intégrer le groupe ZIN. Quelle part de vérité y a-t-il dans cette rumeur ?
Jude Jean - Comme vous l’avez si bien dit, il s’agit juste d’une rumeur. Alan et moi travaillons actuellement sur un projet d’album en duo qui est à un stade très avancé. C’est un projet que nous avons démarré bien avant mon départ de K Dans. Bien que nous nous apprécions beaucoup, il n’y a jamais eu de proposition des membres du groupe ZIN pour que je les rejoigne, ni de demande de ma part en vue d’intégrer leur band.
Roroli - On prétend que Mac D, ton remplaçant au sein de K Dans, a sollicité ton aide ?
Jude Jean - J’ai appris qu’il a fait une telle déclaration sur les ondes d’une station de radio de la capitale. La semaine écoulée, alors que je conversais avec Romane, Mac D lui a pris le téléphone pour me dire que les chansons sont difficiles à interpréter et qu’il souhaitait que je répète avec lui. Mais je lui ai répondu que j’étais navré car je n’ai pas l’intention de me mêler des histoires de K-Dans.
Roroli - Quels sont les secrets ultimes de Jude Jean ?
Jude Jean - Voilà une question assez difficile. Je commencerai par vous avouer que ne pas réaliser mes rêves demeure ma plus grande peur. J’ai en horreur l’hypocrisie et les chuchotements des faux frères. La misère humaine m’attriste. La sympathie et quelques mots d’encouragement suffisent à me rendre heureux. Ma couleur préférée est le noir, mon plat préféré la lasagne. Mes émissions de télé favorites sont celles qui m’ont amusé au cours de mon adolescence : Papa Pyè, Languichatte et Perdus dans l’espace.
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Roroli - Notre interview touche à sa fin mais je ne saurais ne pas te poser une dernière question venue d’une des visiteuses de ROROLI qui se dit ta plus fervente admiratrice. Sa question est : que doit faire une femme pour attirer Jude Jean dans son lit?
Jude Jean - Certainement, j’aime les femmes ouvertes et compréhensives. La beauté intérieure qu’on trouve en une femme est de loin supérieure à la beauté physique qui n’est qu’éphémère. La seule chose que pourrait faire une femme pour me mettre dans son lit serait de se trouver à la place de la femme qui partage ma vie actuellement, ca Jude Jean est un homme fidèle.
Roroli - Le mot de fin ?
Jude Jean - Je remercie l’équipe de Roroli une fois de plus et je sollicite le soutien de mes fans. Ils peuvent espérer me retrouver sous peu avec bien plus d’éclats. A tous ceux qui ont choisi la musique comme profession, je leur recommande de prendre la voie de la discipline et éviter de perdre le fil de leur mouvement.
Roroli - Nous te souhaitons du courage, Jude. Roroli te remercie pour le temps que tu lui as consacré. Restes et demeures la valeur sûre que tu as toujours incarnée dans le compas direct.